Poèmes

 

Notre-Drâme

Je suis le poète en flammes qui vomit les dons
Une gargouille calcinée perchée sur son balcon
Si je grimace tant c’est que ma gorge s’assèche
Mon cri misérable se noie dans des milliers de prêches

 La tête prise dans un étau me donne le vertige
Le feu n´est rien face à ces gens de prestige
Venant cracher sur mes restes à coups de millions
Ils ne sont qu’une façade cherchant la rédemption

 Depuis mille ans déjà je chasse leur vanité
Et ils croient ces pêcheurs qu’au milieu des décombres
La poussière qui est notre commune destinée
Les mettrait en lumière sur le pied de ma tombe

 Moi je sais bien qu’ici nul ne ressuscite
Pas plus les princes précieux que les Quasimodo
Ca fait des siècles que tous ils se précipitent
La mort les coule comme l’eau sortant de mes boyaux

 Et je crache, je vomis l’hypocrisie des hommes
Les sermons, les oublis, même cette dame que l’on nomme
Je suis la gargouille enflammée par l’invisible
Je me brûle du vent et du dieu de la bible

 Même salie, calcinée , au dessus de vos têtes
Je resterai fièrement tel un démon moqueur
En pleine tempête je serai ce poète
Qui trouble votre regard et vous serre le cœur


Au jardin des plantes

 Il trône se prenant pour le roi
Au milieu du jardin des plantes
Ce pacanier un peu pantois
A la ramure d’épouvante

Sa couronne est faite de nids
Et une bonne vingtaine de corbeaux
Se croisent et croassent à l’infini
Et peu leur importe qu’il fasse beau

A croire que cette danse macabre
Cherche la pluie et le tonnerre
Et que le seul but de cet arbre
Est de nous mettre sur les nerfs

A côté, l’hêtre centenaire
A repoussé tous ces squatteurs
Il n’aime comme partenaire
Que les hommes doux et rêveurs

Il les incite à venir s’assoir
A contempler et à comprendre
Ce bal du matin jusqu’au soir
Une image du monde à prendre

Semblable à nos beaux journalistes
Cachant derrière leur doux plumage
Les durs vautours qui les habitent
Charognards sachant rendre hommage

En tournant en toutous autour
Du roi fou du jardin des plantes
Qui n’attend comme seul retour
De se nourrir de leurs fientes

Les corbeaux picorent les cancans
Le pancanier grandit au vent
Au milieu de tout ce boucan
Je m’allonge sous l’hêtre en rêvant

Qu’avec ses noix de pecan
Et du bois solide qui tombe
Un bout d’élastique tout tremblant
Mon tire-chail fasse l’effet d’une bombe


 Le merle

Dis ! Toi ! Le merle dans mon jardin
Oui ! Celui qui picore mes fraises
Ce serait bien qu’un beau matin
On se pose en face sur une chaise

A la limite que tu te serves
Ce serait presque naturel
Mais j’avoue que ce qui m’énerve
C’est que tes restes pourrissent au soleil

Ne seraient elles pas à ton gout
Tu les croques avant qu’elles ne murissent
Dois je imaginer ton dégout
Trop gourmet ou tu fais des caprices

Si tu dois toutes les essayer
Pour saisir qu’elles sont acidulées
Evite donc de les décrocher
Patience petit écervelé

Je vais pas leur mettre un filet
Comme on met un oiseau en cage
Si je dois finir par les voiler
Tu en subirais les dommages

Une dernière chose je te préviens
Toi qui commence à prendre tes aises
En juin si t’attaques mon raisin
Tu pourrais finir sur les braises


Nuages divins

C’est par une nuit de pleine lune
Que j’ai cerné son souffle divin
Plongé dans une certaine amertume
Un soir ou je n’avais pas bu de vin

Ici depuis des temps immémoriaux
On appelle cette bise salvatrice Eole
Je me dis que nous manquons chez nous de griots
Il est des choses que l’on enseigne pas à l’école

Les nuages flottent d’une cadence langoureuse décadente
D’où transpercent mille merveilles qui s’éventent
Pour celui qui n’a pas l’œil poétique

Je me demande le pourquoi de ce que l’on enseigne
Pourquoi tant de formules et de leçons qui nous saignent
L’imaginaire devrait être notre première source d’éthique


La mare des grenouilles

Le feu crépite dans un marais boueux
Une flamme marine bien debout. Eux,
La narine ne sentant pas la coupure
Tendent fièrement le bras, le cou: purs

Au droit de ce sol de sables mouvants
On décèle des fables, des mouvements
Rien des gazes dangereux inodores
Habitués au bruit, aux mauvaises odeurs

Peu leur importe que la France s’enfonce
Qu’on ne puisse plus s’accrocher qu’aux ronces
Envahissantes briseuses de parfum

Entendez vous le coassement des grenouilles
User ceux qui restent coi, s’agenouillent
Sur cette mare de nénuphars fins


La mer des lucioles

Poséidon est un dieu bien cruel
Même si sa maison est un beau linceul
L’Atlantide voit au cœur de ses ruelles
Les cadavres d’une humanité bien seule

Sous de frêles dunes que pensent les vestiges
De la connivence de leurs mondes engloutis
Leur longue agonie me donne le vertige
Tout autant qu’ils sombrent dans l’oubli

Les étoiles, elles aussi mort vivantes
Qui ne sont pas de celles qui se vantent
Ces nuits venantes ne seront que le reflet

De ces âmes lumineuses qu’on a perdues
Comme celles dans leurs pays qu’on a pendu
Pour qu’on se refuse de les camoufler


Il est des clowns

Il est des clowns cloués aux couilles
Clonés sous leur coquille de cagouille
Dont le maquillage n’efface pas le masque
Effrayants de la réalité de leurs frasques

Une femme de ménage sous l infamie
Surnage surprise par la famine
D’un soit disant bon père de famille
Dirigeant affligeant du FMI

Quand dans les couloirs ça ricane
Un machisme enflammé par jerrycan
Embrase ses yeux qui le maudissent

De leur pouvoir, ils finissent tous par abuser
Ces hommes Tron qui veulent s amuser
Les Domi-Nique Strauss-Kahn ou Baudis


Le radeau de la muse

Errant dans les vents vagabonds
Flottant sur une vague équivoque
Épris d’un galbe au beau rebond
Mon cœur n’est plus que bicoque

Ce radeau, comme un cadeau médusé
Si heureux de mouiller en son sein
La mer aux reflets verts semble s’en amuser
Tel ses doigts sur le clavier d’un clavecin

Et ça tape et ça clapote sévère
Le torture t’elle pour en tirer ces vers
Un bois humide peut il encore brûler

Le soleil asiatique et les îles désertes
Si l’on s’y croit à l’abri des tempêtes
N’empêche pas le tsunami d’hurler


L’hymen de révolte

A table les couverts grognent
De voir servir sans vergogne
Des assiettes Gorgones
Ne laissant miette pour leur trogne

Médusés de celles qui se gavent
Boursières des coffres et des caves
Ils grincent sentant l’heure grave
S’affûtent qu’on les prenne pour des braves

A gaver les méduses percées
Selon la légende de Persée
Il faut qu’ils les décapitent

Sans larmes fugaces à verser
Que Pégase puisse traverser
L’hymen de révolte qui palpite


Petites bohémiennes

Aux petites bohémiennes de mon école
Dont parfois les différences les isolent
Moi je vois la liberté dans vos sourires
Dans votre manière de sauter, de courir

Vos larmes inquiètes quand vous êtes séparées
Sont des bijoux de pureté dont vous vous parez
La puissance qui émane de vos liens familiaux
Est un beau fruit juteux autour de son noyau

Aujourd’hui, on unifie, on ne pardonne
Plus d’être un autre, moi je n’abandonne
Pas l’envie de vous laisser mâcher vos mots

Soyez libres et vous même dans l’enfance
Votre identité a bien plus d’importance
Que d’être fidèle à tous les autres marmots


Faits divers ou la stupidité même

Posé paisiblement le long de la rivière
En pleine image d’Épinal de poète
A siroter une fraîche petite bière
Au bord du canal c’était chouette

Quelques adolescents descendus du quartier
Étaient tranquilles et nageant à se rafraîchir
Quand une escouade de trois policiers
Vint tout simplement… le leur interdire

Contrôle d’identité et rappel à la loi
Pour ces jeunes complètement cois
Qui n’avaient que maillots et T-shirts

Comme quoi un simple arrêté municipal
En plein été me laisse le visage pâle
Écœuré que la loi puisse servir de chiottes

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